Nouveau rebondissement dans l’affaire la plus délirante de brevet logiciel.
Pour ceux qui n’auraient pas suivi l’affaire JuxtaComm, je vous dresse le tableau : Le 26 juin 1998, JuxtaComm, filiale de l’éditeur canadien Teilhard Technology, dépose un brevet aux Etats-Unis baptisé « System for transforming and exchanging data between distributed heterogeneous computer systems ». L’éditeur y définit en quelques lignes les grands principes de fonctionnement d’un ETL. Fort de ce brevet, le canadien va attaquer a peu près tous les éditeurs qui font de l’intégration sur la planète.
En 2007, une plainte est déposée contre Ascential, Business Objects, Cognos, IBM, Informatica, Microsoft entres autres. Le procès à 138 milliards de $ allait débuter. C’est dire les ambitions de cette société qui, en perte de vitesse en tant qu’éditeur. Début 2010, Juxtacomm déposait une nouvelle plainte, impliquant cette fois Axway, Tibco, Red Hat mais aussi des entreprises utilisatrices : L’Occitane, Office Depot, Seco Tools, Rotech Healthcare et British Airways. Le français vient de ce sortir de ce bourbier juridique.
Patent Troll ? Ou pas.
Dans un communiqué, JuxtaComm vient d’annoncer avoir retiré sa plainte contre L’Occitane. On ne sait pas si le crémier a du mettre la main à la poche pour obtenir ce retrait, mais il ne s’agit là qu’un épisode d’une véritable épopée judiciaire qui a débutée en 2007. Tous les grands éditeurs ont été impliqués dans les plaintes de JuxtaComm. Depuis le premier procès, c’est une véritable guérilla juridique qui s’est engagée entre les éditeurs impliqué et JuxtaComm et sa maison mère Teilhard Technologies. La validité des brevets détenus par JuxtaComm a été remise en cause, mais ceux-ci sont suffisamment solides pour être considéré comme valide par la justice américaine. Il faut se rendre à l’évidence : ce qui n’aurait pu être qu’un Patent Troll balayé d’un revers de main par le premier juge venu se transforme en cauchemar pour les éditeurs d’ETL. Cela dit JuxtaComm glisse du status d’éditeur de logiciel d’intégration à celui d’exploitant de portefeuille de brevet. Voux connaissez la JuxtaComm Integration Platform vous ?
Et tous les éditeurs ont eu affaire aux avocats de Juxtacomm. Beaucoup ont déjà cédé et versé une compensation au canadien. L’an dernier, sur la douzaine d’éditeurs mentionné sur la première plainte, 7 auraient préféré signer un accord. Les montants négociés sont confidentiels et bien sûr JuxtaComm est loin d’avoir glané les 138 milliards de dollars de ventes de logiciels concernés par son brevet. Informatica a déjà payé 4,3 millions de dollars à JuxtaComm, IBM, Microsoft, Oracle auraient payé aussi, mais la somme n’a pas été dévoilée à ce jour.

Préparez-vous à aller visiter Calgary au Canada... pour aller porter votre chèque à Teilhard Technologies.
Les dollars commencent à tomber pour Teilhard
Si on ne sait pas exactement combien a rapporté cette gérilla juridique à JuxtaComm et sa maison mère Teilhard Technologies, le président de cette dernière a annoncé dernièrement lors d’une interview dans le Calgary Herald que les différentes procédures avaient couté 48 millions de dollars canadiens à sa société pour la seule année 2009. Le dirigeant pointe du doigt IBM pour l’avoir contraint à envoyer 27 avocats à Philadelphie le même jour pour une déposition. Effectivement on va pleurer pour lui. Il faut dire que le management de Teilhard est sous le feu de ses actionnaires qui se demandent où tout cela va bien les mener…
Les dernières résultats financiers 2009 de Teilhard font néanmoins apparaitre 85 millions de dollars canadiens de versements de la part des entreprises attaquées en justice. Résultat : 27 millions de dollars canadiens de bénéfice alors que la société ne réalise moins de 700.000 dollars de chiffre d’affaire hors versements exceptionnels…
. Teilhard/JuxtaComm serait-il en train de réussir son pari là où SCO est en train d’échouer ? On ne sait pas si les entreprises clients impliquée dans la seconde plainte, dont L’Occitane, ont cédé et versé de l’argent. Le précédent serait tout simplement hallucinant : vous imaginez : tous les utilisateurs d’ETL de la planète vont devoir verser leur dime à Teilhard ! La logique du brevet logiciel poussée à son paroxysme.









Ce qui est rigolo avec la justice américaine, c’est qu’on peut toujours arriver à ce genre de situation ubuesque…
Heureusement que JuxtaComm n’a pas inventé l’eau chaude, sinon on devrait aussi leur payer des indemnités, non ?
En tout cas, tout cela n’est vraiment pas à leur honneur, il serait grand temps qu’ils se lancent dans la finance (à moins que cela ne soit déjà fait)…
Update:
La date du procès Juxtacomm contre Axway, SAS Institute et TIBCO est fixée à janvier 2012 – http://ow.ly/293wa