Interview du PDG et fondateur de SAS Institute.
C’est à peine revenu de la conférence « Premier Business Leadership » que SAS Institute a tenu à Berlin cette semaine que Jim Goodnight, le fondateur de SAS Institute m’a accordé une interview exclusive. A peine descendu de son Falcon, celui qui est la statue du commandeur de l’analytique, a du faire face aux questions du GrandBI. Je suis revenu avec lui sur le positionnement original de SAS Institute sur le marché BI. Original car SAS reste une société privée, original aussi par rapport aux vendeurs de plates-formes BI « généralistes ». In Memory, analyse des médias sociaux ou encore Cloud Computing celui qui détient les rênes de SAS depuis sa création… en 1976 m’a exposé sa stratégie produit, sa vision du futur. Enfin, je lui ai demandé comment il voyait IBM mais aussi des alternatives Open Source monter en puissance dans ce qui était le près carré de SAS : l’analytique.
Est-ce que SAS Institute va connaitre la… 35ième année de croissance consécutive de son histoire en 2010 ?

Le très discret Jim Goodnight, fondateur et PDG de SAS Institute ne gère pas sa société au trimestre.
Ca va être difficile. L’euro se situe vers 1,22 $ en ce moment alors que l’année dernière, il était entre 1,41 et 1,51. C’est un écart énorme et cette année nous allons encaisser beaucoup moins de dollars que l’année dernière. Ce sera très juste pour atteindre une croissance positive cette année. Nous nous portons bien aux Etats-Unis et nous réalisons néanmoins une très forte croissance dans la zone Asie Pacifique, de l’ordre de 20% cette année.
Considérez-vous qu’aujourd’hui, être une entreprise privée reste un avantage par rapport aux entreprises cotées en bourse ?
C’est bon d’être privé. Etre coté en bourse, c’est énormément de contraintes, de régulation qui rende le travail de PDG difficile. De plus, beaucoup d’entreprises côtés sont focalisées sur le court terme. Nous nous focalisons sur notre avantage en termes de R&D. Il faut en général 2 années pour lancer un nouveau produit : le temps qu’il soit testé et validé.
Quelle est aujourd’hui votre positionnement face à des éditeurs qui misent sur des plates-formes BI à très large couverture fonctionnelle ?
Nous nous considérons comme des « Best of Breed ». Des solutions d’éditeurs comme SAP/Business Objects ou Cognos sont conçues essentiellement pour délivrer des rapports simples, et il n’y a pas réellement d’analytique derrière ces rapports. Nous faisons tout ce qu’ils font mais par contre nous sommes dans les systèmes carte bancaire, nous sommes dans les projets Bâle 2. Nous fournissons beaucoup d’outils mais aussi des solutions.
Mais notamment avec l’acquisition de SPSS, IBM a démontré son intention de rattraper SAS dans le domaine de l’analytique, avec leur solution Decision Management ils proposent une solution sur la problématique de la prise de décision…
C’est ce que nous faisons depuis des années. Mais nous voyons de plus en plus de personnes intéressés par l’analytique. L’analytique devient « The Next Big Thing ». Ca a été l’ERP pendant de nombreuses années, mais maintenant tout le monde a un ERP. Les entreprises se rendent compte que lorsqu’elles ont déployé un système de paye, une comptabilité, elles ne peuvent prédire l’avenir. Nous les aidons à construire des modèles sur des problématiques comme le scoring pour l’attribution de crédits, calcul du risque crédit, la simulation des marchés pour déterminer des positions possibles.
Quelle est votre stratégie en matière de Cloud Computing ?
Nous disposons d’installations pour le Cloud Computing où nous exécutons environ 4000 programmes chaque semaine. Il s’agit de systèmes utilisés par nos ingénieurs pour réaliser des démonstrations pour nos clients. C’est quelque chose qui fonctionne très bien dans un environnement cloud : nous pouvons pré-charger leurs données quelque soit l’application et le système est immédiatement disponible pour eux. Il est très important de disposer de ses propres infrastructures. Nous menons d’énormes activités de test et nous agrandissons nos installations. Nous avons besoins de d’avantage d’espace ; Cela nous donne l’opportunité de tester et démontrer nos solutions sur un grand nombre de plates-formes différentes : Solaris, Windows, Linux, AIX.
SAS semble bien positionné sur ce que l’on appelle les Social Networks Analytics. Quelle est votre approche de ce marché ?
Je distingue le Social Network Analysis et Social Media Analysis. Les réseaux sociaux sont un moyen de trouver la façon dont les gens sont liés les uns aux autres. Ils peuvent travailler dans la même entreprise, avoir la même adresse, le même numéro de téléphone. C’est très utile de découvrir la façon dont les gens sont liés les uns aux autres. Le plus souvent on le réalise sur les données stockées dans les organisations. Par exemple un opérateur de télécommunication qui va recherche lesquels de ses utilisateurs ont le plus d’influence. On peut calculer un score pour chaque personne et ainsi découvrir celles qui ont le réseau d’influence le plus étendu.
Le Social Media Analytics ça consiste à regarder sur les blogs, les portails pour découvrir ce que les gens disent sur une entreprise en particulier. Nous avons bâti une taxonomie qui regroupe toutes les expressions qui peuvent être utilisées pour qualifier et décrire une entreprise. Maintenant nous réalisons de l’analyse de sentiments. D’ailleurs nous avons acheté un éditeur spécialisé dans le traitement du langage, Teragram.
Est-ce que la demande est forte aujourd’hui pour ce type d’outil ou est-ce réserver à quelques pionniers ?
Le marketing regarde avec beaucoup d’intérêt ce type de solutions car bâtir une réputation, c’est le travail du marketing. C’est assurément un outil pour le marketing. Nuos n’avons pas encore de clients en France de cette offre qui vient juste d’être lancée. Marriott l’a déployé, ils étaient partenaires dans le développement de cette offre.
Comment analysez-vous l’acquisition de Coremetrics par IBM ? Faut-il y voir une convergence entre Analytique et Web Analytique ?
Le Web analytique est conçu pour suivre les clients sur un site web, leur navigation sur le site : qui était là, par opposition au Social Media où on s’intéresse à ce que les utilisateurs font en dehors. Le marketing est intéressé à la fois par l’analytique et le web analytique.
Quelle est votre position vis-à-vis de l’Open Source. On voit notamment une communauté très dynamique sur le langage R, notamment dans les universités où SAS était très présent jusqu’à présent. Y voyez-vous une menace pour votre modèle ?
On voit que plusieurs entreprises prendre des solutions Open Sources et les commercialisent. C’est facile de télécharger Linux et de le commercialiser. Mais pour disposer d’un support, pour disposer d’une version testée sur votre plate-forme, il faut une version entreprise. Et il faut payer pour cela. SAS est disponible gratuitement pour tous les étudiants. Nous voulons avoir un maximum d’utilisateurs formés sur nos solutions et le Software as a Service est un moyen d’y parvenir : nous donnons accès à nos solutions Saas via une interface Web.
Quant à l’Open Source, nous publions aussi le code source de nos produits, et nous avons beaucoup d’utilisateurs qui développent pour étendre les fonctionnalités de SAS.
Quelle est la prochaine évolution majeure de l’analytique selon vous ?
La vitesse, la rapidité avec laquelle vous pouvez répondre à une requête d’un utilisateur. C’est sur ça que nous travaillons actuellement. Nous prenons actuellement des calculs qui nécessitent des heures de traitement pour les réaliser en quelques minutes. C’est notamment le cas de calculs de risque qui prennent des nuits entières. Pouvoir vérifier l’impact d’une décision en termes de risque en quelquesseconde, on peut aisément imaginer l’impact que cela aurait sur le trading, par exemple.
En termes d’interface utilisateur, on parle beaucoup de la mobilité. Voyez-vous là de grosses évolutions à l’avenir ?
Nous avons fait le choix de la technologie Flash et Flex voici quelques années pour nos interfaces utilisateurs. Steve jobs a déclaré la guerre à Flash et tout le monde va désormais vers HMTL 5. Nous iront probablement à notre tour vers HTML 5 mais pour l’instant nous continuons à supporter Flash. Le navigateur est en train de devenir l’interface utilisateur. Si on revient aux années 90, on se demandait qui serait le gagnant : est-ce que se sera le desktop Microsoft ou le navigateur ? Ce sera sans doute les deux pour quelque temps encore, mais il est maintenant très clair que le monde va vers le navigateur. Mais pour le rendre aussi interactif Flash est encore nécessaire.








