Le mariage contrarié de la Sémantique et de la BI

La BI de plus en plus proche des technologies sémantiquesLa BI sémantique : une vraie révolution pour le décisionnel ?

L’Europe y croit. Les chercheurs de l’Université de Sheffield Hallam viennent de décrocher un financement de la part de la Commission Européenne  pour développer une plate-forme combinant sémantique et Business Intelligence. Qui dit projet de recherche dit acronyme qui tue. Voila le nom du projet « The Combining and Uniting Business Intelligence with Semantic Technologies (CUBIST) ». Ces gars ont du vocabulaire, c’est certain. Pour autant  leur idée est loin d’être nouvelle : chaque année ou presque on nous annonce que les technologies sémantiques vont révolutionner la BI. Qu’en est-il exactement ?

En 2009, la BI sémantique devait tout casser…

C’est une révolution que l’on nous annonce environ une fois l’an. Les technologies sémantiques doivent révolutionner les plates-formes décisionnelles. Bon ça semble logique. La convergence entre structuré et non structuré semble inéluctable et donc la sémantique devrait permettre d’apporter un peu de ciment entre ces briques aux formes bien différentes.

Il y a plus d’un an Jens Tellefsen publiait un article titré « Is Content Intelligence the New Business Intelligence ? ». Sa thèse est simple et imparable : le contenu non structuré explose, poussé par l’abaissement du cout de publication. D’autre part la sémantique permet extraire des données non seulement du Web mais aussi des bases de données. Tous les grands éditeurs de moteurs de recherche d’entreprise ont positionné leurs offres pour répondre à ce type de besoin de recherche mixtes. Brooke Aker sur le Web 2.0 Journal enfoncçait alors le cloud dans son article  « The Next-Generation of Business Intelligence ». Très inspiré, il nous pondait le terme « Semantic Intelligence ». Excellent !

Côté BI pure et dure, qu’en est-il ? L’idée d’ajouter une couche sémantique ou tout du moins une couche de métadonnées au dessus des sources de données est loin d’être nouvelle. Comme le souligne Wayne Eckerson sur son blog publié par le TDWI « une couche sémantique étaient la condition sine qua non du déploiement d’une plate-forme BI sophistiquée. Aujourd’hui, j’en suis moins sur ». Sa théorie est simple : une couche sémantique est critique pour permettre le requetage ad-hoc par les non informaticien. Or 80% des utilisateurs BI ne font pas de requêtage ad-hoc mais n’utilisent que des rapports paramétrés ou des tableaux de bord. Il pousse son raisonnement plus avant : les 20% des utilisateurs qui font du requetage sont des « power users », pire essentiellement des informaticiens ! Donc inutile de perdre du temps à bosser et perdre du temps sur cette couche sémantique qui ne servira qu’à des gens qui aurait pu s’en passer ! Bon, je soupçonne Wayne d’avoir volontairement forcé le trait pour générer de l’audience. Cela dit son point de vue à contre courant a eu l’intérêt de susciter quelques commentaires intéressants.

Pas de révolution, mais une vraie montée en puissance

Comme l’explique Madan Sheina, analyse chez Ovum, « Semantic web – snake oil for BI », la mise en place d’une couche sémantique sur une plate-forme BI n’a rien d’une sinécure. Cela dit il ne faut pas jeter le bébé sémantique avec l’eau du bain. Toutes les grandes plates-formes commerciales et Open Source dispose d’une couche de métadonnées (lire sémantique). Par exemple Oracle nous a fait une piqure de rappel sémantique à l’occasion du lancement d’OBIEE 11g. La couche de métadonnées vient à point nommé pour unifier OBIEE, Essbase et les applications eBusiness de l’éditeur. Voir l’article « Oracle OBIEE 11g: The Stuff of Semantic Dreams? » de Dave Stodder dans Intelligent Enterprise.

Des ETL sémantiques sont apparus sur le marché. Oracle semble plutôt bien placés, Progress Software a lancé un logiciel spécifique et certains éditeurs se sont même spécialisés sur cette niche de marché : Expressor par exemple.


Le projet européen Musing.

L’Europe a déjà lancé en 2006 un programme de recherche sur cette Business Intelligence de nouvelle génération : le programme MUSING. Là encore un acronyme hallucinant : « MUlti-industry, Semantic-based next generation business INtelliGence ». Le programme a délivré ses résultats sur son site Web : www.musing.eu 3 champs d’application : la gestion de risque, l’analyse financière à partir d’une taxonomie XBRL et enfin le partage de connaissance en environnement international. Beaucoup de présentations, de publications scientifiques… qu’en feront les éditeurs de logiciel, mystère. La présence de SAP dans le projet CUBIST montre toutefois que les grands de la BI suivent de près la recherche sur la sémantique.

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